La dramaturgie au coeur de la ré-écriture

Mardi, 1. juin 2010 13:25 | Auteur:benoit

Le 4 janvier dernier le Comité de lecture de la Maison du Film Court rendait son avis sur le scénario de « Point de fuite », écrit en collaboration avec Aude Ferrand et Kévin Quentric. La déception a été grande quand, sur les quatre professionnels tenus à l’exercice, seulement deux m’ont finalement rendu leur fiche de lecture… En outre, les points abordés étaient loin d’être des points de détail. Au contraire, chaque fiche de lecture s’attaquait à des faiblesses majeures du scénario. Ce dernier n’était clairement pas exploitable. Impossible, donc, de passer à l’étape suivante : la recherche d’un producteur. De plus, les faiblesses pointées étaient bien souvent similaires d’une fiche à l’autre, ce qui soulignait d’autant plus le besoin urgent de les corriger !

D’un point de vue purement dramaturgique, il m’a été reproché l’absence d’incident déclencheur (qui propulse le personnage dans sa quête), l’absence de progression dramaturgique (résolution progressive des conflits), et, enfin, l’absence de dénouement (comédie ou tragédie ?).

D’un point de vue artistique, l’on m’a reproché mon choix de privilégier le dire sur le montré (et du même coup, d’avoir écrit des dialogues trop longs). Comme je l’expliquais dans ma note d’intention du 4 janvier : « J’ai trouvé intéressant d’élaborer un récit dans lequel on nous dit plus que l’on nous montre. Bien souvent, plutôt que de voir [le personnage principal] vivre ses expériences, il nous raconte a posteriori comment elles se sont terminées. Ainsi, l’histoire évolue plus au travers d’événements racontés que vus. L’important n’étant pas l’événement en lui-même, mais plutôt la façon dont [il] l’a vécu. »

Rétrospectivement, je pense avoir fait ce choix plus par « désengagement » qu’autre chose. Il était délicat d’imaginer des scènes telles que Sylvain aurait pu les vivre. Alors qu’il était plus naturel pour moi de raconter des événements tels que Sylvain aurait pu me les raconter. C’était choisir de dire ce qui a été dit, plutôt que de montrer ce qui a été vécu.

Plus de quatre mois après le Comité de lecture, j’ai enfin réussi à retrouver la motivation nécessaire pour entreprendre ce qui devait être entrepris : la ré-écriture du scénario en partant de zéro. J’ai d’abord réfléchi en termes purement dramaturgiques, pour résoudre les problèmes évoqués. Mais j’ai surtout écouté un très bon conseil d’un des deux lecteurs : ne pas hésiter à trahir la « vraie » histoire.

C’est donc en m’éloignant de Sylvain et de la « vraie histoire » que j’ai pu imaginer une nouvelle histoire. Bien sûr, le personnage et ce qui lui arrive restent librement inspirés de  la vie de Sylvain. Mais j’ai essayé de donner au scénario un nouveau souffle. Donner clairement, et dès le début, les motivations du personnage ainsi que quelques éléments de compréhension sur son incident déclencheur (qu’est-ce qui, dans sa vie, a provoqué cette obsession de la vocation ?). Etablir une progression dramaturgique telle que la résolution d’un conflit en amène un autre, jusqu’à l’éclatement du cycle (dénouement).

Je me suis posé la question de savoir comment Sylvain aurait pu « finir » s’il ne s’était pas suicidé. Quelle était l’autre alternative ? Et c’est cette alternative que j’ai choisi comme dénouement.

Enfin, il m’a été conseillé de ne pas trop multiplier les personnages secondaires dans le cadre d’un court métrage. J’ai donc décidé de fusionner tous les personnages féminins en un seul, qui suivra le personnage principal pendant une bonne partie de l’histoire. Ainsi, en plus de l’intrigue principale (recherche d’une vocation), une intrigue secondaire est développée entre le personnage principal et le personnage féminin.

En l’état actuel des choses, seul le séquencier a été rédigé (résumé chronologique de chaque scène). Reste maintenant à écrire les scènes et les dialogues…

Catégorie: L'écriture du scénario | Commentaires (0)